Claire Dispa, étudiante à l’Icam, école d’ingénieurs de Lille, a participé au 4L Trophy en février dernier avec son coéquipier Paul-Emmanuel Campoy, étudiant à l’Ecam de Lyon. Elle nous raconte les étapes de cette grande aventure.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre ce raid ?

Avec Paul-Emmanuel, on avait très envie de faire de la mécanique et de découvrir de nouvelles choses, de partir à l’aventure ensemble, donc c’était l’occasion. Comme mon coéquipier était déjà pas mal formé à la base, j’ai pu apprendre beaucoup en mécanique en restaurant la 4L avec lui pour qu’elle soit prête à partir pour le Maroc.

Depuis quand vous préparez-vous ?

On a commencé tranquillement fin juin l’année dernière, après je suis partie à l’étranger et mon coéquipier en stage pendant 4 mois. On a vraiment redémarré début octobre. On a acheté une voiture de ville classique avec des sièges à l’arrière et dans laquelle rien n’avait été aménagé. Pour le 4L Trophy, il faut enlever la banquette arrière pour avoir de la place pour mettre des pièces mécaniques de rechange. On a donc créé des meubles en bois à l’intérieur, et comme la voiture n’était pas en très bon état, on a passé beaucoup de temps à la restaurer d’un point de vue mécanique. Les vidéos qu’on a partagées sur notre page Facebook résument environ 2 ou 3 week-ends mais en réalité, on a plutôt passé 15 week-ends à bosser sur la voiture avant le départ.

Peux-tu nous en dire plus sur les réparations et la restauration ?

On souhaitait conserver le plus de pièces possible, pour ne pas changer le bel aspect d’origine de la 4L. Après avoir démonté intégralement le moteur, nous l’avons nettoyé, et nous avons révisé toutes les parties importantes, avant de le remonter avec des joints neufs. On a fait rectifier la culasse, changé la suspension et redressé la carrosserie. La réparation du plancher nous a aussi donnés du fil à retordre. Pour boucher les nombreux trous, nous avons soudé des plaques de tôle. Enfin, on a repeint la voiture en bleu, après avoir passé les couches d’apprêt et le ponçage.

4L trophy ICAM ECAM

Cette expérience pratique est-elle un plus pour votre formation d’ingénieur ?

Oui, complètement. Je dois justement choisir des spécialisations dans mon cursus, parmi lesquelles le domaine du transport. Les trois-quarts de ma classe ne trouvent pas les cours intéressants parce qu’ils n’arrivent pas à se projeter, ils ne savent pas à quoi correspondent les pièces dans la voiture, à quoi elles servent et comment elles fonctionnent. Comme j’ai mis les mains dedans, c’est beaucoup plus facile et intéressant pour moi.

Comment avez-vous financé le projet et la restauration de la voiture ?

On s’est inscrits à l’association Club 4L de l’Ecam de Lyon pour avoir la possibilité de signer des contrats avec des entreprises via le statut de l’association. On a réussi à avoir un gros sponsor de la Matmut, des deux BDE de l’Icam et de l’Ecam, et d’une entreprise locale spécialisée dans la pose de carrelage. Au départ, on a pris de notre poche pour acheter la 4L, mais là, on l’a déjà revendue à de futurs participants du 4L Trophy donc on a pu rentrer dans nos frais.

4L trophy Ecam Lyon

Comment s’est déroulée la semaine de raid ?

Le grand départ de Biarritz était prévu le 15 février. Mon coéquipier est parti de Lyon le 12, je suis partie de Lille le 13 et on s’est retrouvés à la gare d’Angoulême à midi.

1èreétape : le parking de la gare d’Angoulême

Dès mon arrivée à Angoulême, on a eu un problème de cardan, une des pièces qui sert à la direction. On est resté 2h sur le parking de la gare à commencer à changer ça, pour ensuite prendre la route en direction de Biarritz. On est arrivés à Bayonne vers 20h où de la famille nous attendait pour la nuit. Comme on avait un jour d’avance, le lendemain, on a trouvé des cardans chez AD Distribution et on a pu les changer dans un petit coin du garage. 

2eétape : les vérifications avant le départ

Le 15 février, le jour du départ, c’était aussi le jour de nos vérifications techniques. C’est le moment où tu as la boule au ventre parce que tu ne sais pas s’ils vont te laisser partir ou pas. À côté de nous, il y avait deux filles à qui ils ont dit « non, votre châssis n’est pas en bon état, vous ne pouvez pas partir, vous devez aller faire des réparations chez un garagiste et revenir ce soir ». Elles ont pu partir finalement, on les a vues sur la route. La différence avec nous, c’est qu’elles avaient loué leur voiture, ça se fait beaucoup, mais du coup c’est le genre d’aléa qui peut arriver.

3eétape : le départ en grande pompe

Après les vérifications, tout le monde gare sa voiture dans une grande halle jusqu’à midi pour que personne ne parte avant le départ officiel. Après les discours de tout le monde, on a pris la route vers 13h en direction de l’Espagne. C’était drôle parce qu’on voyait des 4L tout le temps sur la route, à chaque aire d’autoroute, on en croisait au moins 10. On a vu des copains au bord de la route, ils avaient un problème de moteur, mais ils ont réussi à le résoudre et sont repartis le lendemain. Le soir, on a dormi à Salamanque dans un hôtel pour prendre des forces pour la suite et on a bien fait, parce que certains se sont risqués à dormir en tentes sur le parking de Carrefour et ils ont été virés à 6h du matin par les vigiles !

4eétape : la traversée de la Méditerranée en bateau

On a ensuite roulé une 2ejournée en Espagne pour arriver à Algesiras tout au sud de l’Espagne pour prendre le bateau avec l’impératif d’arriver là-bas avant 10h le 17 février. Une fois au Maroc, on a roulé toute la journée pour arriver au premier campement dans la ville de Boulajoul. On a commencé par longer la côte et bifurqué juste avant Rabat pour aller dans les terres vers l’Atlas. Au début, le paysage de l’autoroute ne dépaysait pas beaucoup… mais après quand on a commencé à être dans les montagnes au coucher du soleil, c’était magnifique. Je ne m’attendais pas à voir des montagnes comme ça au Maroc, on m’avait dit que j’allais dans le désert, pas dans les montagnes !

5eétape : les boucles autour de Merzouga

Le lendemain, on a commencé à faire de la piste entre 8h et 15h. On est arrivé au 2ecamp à Merzouga, au milieu du désert, où on a passé 3 nuits. Il y avait deux boucles à faire autour du camp en calculant bien les trajectoires pour faire le moins de km possible. Tous les jours, on avait un roadbook avec des indications du style « prenez le cap 190 pendant 300 m, puis suivez la direction des antennes pendant 500 m avant de tourner à gauche. » Sur la piste, on est jamais vraiment perdu, il y a toujours plus ou moins quelqu’un devant et derrière. Le 23 février, c’était une journée complète de piste qui s’achevait par un bivouac en autonomie.

6eétape : la route vers Marrakech, arrivée officielle du 4L Trophy

On a ensuite repris la route vers Marrakech pour la grande arrivée, mais on a eu un problème technique à 30 min de l’arrivée, on était bloqués… Comme on était à l’avant du cortège, on a attendu 3h que la voiture des mécanos vienne nous aider. Le soir du 25 février, c’était la remise des prix pour les 3 premiers. On est arrivés 162esur 1300 !

Quel est ton meilleur souvenir de l’aventure ?

Un jour, quand on faisait des boucles dans le désert, toutes les voitures devant nous se sont trompées donc on s’est trompés avec elles. Du coup, on a dû prendre un autre chemin, on était un peu tout seuls, et là, un troupeau de dromadaires et leur berger ont traversé devant nous, ils se promenaient au milieu de nulle part, on ne voyait pas un village, pas une maison à la ronde ! 

Et ton pire souvenir ?

Je crois que c’est quand on attendait les mécaniciens à la fin du raid, on savait que Marrakech était juste à côté et la nuit tombait. Il commençait à faire très froid et il y avait pas mal de vent parce qu’on venait de passer un des gros cols de l’Atlas, qui s’appelle le col du Tichka. 

Au final, comment ressors-tu de cette aventure sur le plan personnel ?

C’est une semaine très sympa, où tu t’ouvres aux autres, tu prends le temps de parler avec des gens que tu ne connais pas. Par contre, le 4L Trophy se présente comme une expérience pseudo-humanitaire, mais ce n’est pas ce que j’appelle humanitaire… le deal c’est d’amener des fournitures scolaires qui sont ensuite redistribuées par une autre association dans les écoles. 

Le problème, c’est qu’à côté de ça, sur les pistes, on ne rencontre pas toujours des gens très sympas. Par exemple si jamais tu as une fenêtre ouverte, ils vont passer la main et essayer de voler ce qu’il y a dans la voiture. Donc sur le plan humain, c’est génial de rencontrer les équipages de Français – et nous avons aussi rencontré deux jeunes Marocains qui nous ont invités à manger avec leur famille, c’était hyper sympa – mais dans le désert on sent qu’on n’est pas tout à fait les bienvenus. Quand la nuit tombe le soir sur les campements, il y a un policier tous les 30 m. Ça pose question, j’avoue que ça m’a mis un peu mal à l’aise. C’est mitigé quoi.

Quels sont tes conseils pour les étudiants qui souhaitent tenter le raid ?

  1. Pour moi, les meilleures conditions pour faire le 4L Trophy, c’est de bien connaître sa voiture. Même en n’étant pas très bon en mécanique, il faut quand même savoir avec quel matériel on part pour pouvoir reconnaître les pièces quand on a besoin de les changer.
  2. Ensuite, le 4L Trophy, c’est aussi un événement étudiant et festif, donc il ne faut pas oublier de prendre son petit pack de bières pour boire avec les copains le soir !